Heihachi ne bougeait plus. Seul le battement régulier de son coeur d'artichaut le faisait se mouvoir avec légèreté. Sa concentration était telle que si une mouche passait, elle trépasserait. Un félin ! Ici ! Dans sa demeure ! Sous son toit ! Sur sa moquette dégueulasse ! C'était tout bonnement intenable.

- Qui es-tu ? beugla notre champion des temps anciens à travers la pièce. Parle ! Sinon je vais vite te faire fermer ta gueule !

Nullement intimidé, le félon félin rugit avec faiblesse en grognant comme un rat perché sur une pierre tombale. Sa queue allait de droite à gauche, puis de gauche à droite, puis de droite à gauche, et Heihachi pensa que son adversaire physique essayait de l'hypnotiser avec une technique lamentable que seuls les plus grands maîtres Chinois (Ken, Ken) auraient pu exécuter avec ardeur et justesse.

- Tu tiens donc à te faire botter le cul, bougre ? Cela ne va pas se passer ainsi.

Et notre ami de toujours sauta rapide par-dessus son bar afin de donner un coup de talon rotatif à son assaillant. Celui-ci esquiva par une esquive simple et rapide vers la gauche et chopa Heihachi au niveau du dos pour lui exécuter une sorte de prise de catch aphrodisiaque qui le fit valser du sol au plafond dans un fracas des plus jubilatoires.

- Arg ! dit notre héros.

Le félin debout se rapprocha alors de son adversaire et le contempla avec mépris et dents bien aiguisées. Heihachi était à sa merci, mais il ne voulut pas l'avouer. Alors, pour tenter de disséminer l'attention de la foule, il changea de sujet :

- Tu sais quoi mon gros ? Aujourd'hui, c'est mon anniversaire ! Ouais ! Alors si tu pouvais te barrer et me laisser tranquille, ça serait le plus beau cadeau qu'on pourrait offrir à un vieil homme !

Heihachi (ce bel homme) était rusé : il voulait faire diversion. Il essaya de ne pas rigoler en disant sa phrase, car il savait qu'il était trop fort pour la palabre armoricaine. Et en effet cela marcha : le félin fou haussa les épaules avec dédain, et cracha par terre. Il tourna ensuite les talons pour quitter la demeure de notre héros. C'est ce moment que choisit Heihachi pour se relever avec foudroyance, sortir un colt de sa botte, et tirer dans chaque rotule de son ennemi.

- Aha ! Tu fais moins le fier maintenant ! Tiens, le voilà mon cadeau !

Et il finit de vider son chargeur. Il dut alors brancher son portable puis s'assit au coin du feu pour profiter d'une bonne pipe bien bourrée. Cette nouvelle année commençait bien.