C'était un jour de beauté prospective. Comme d'habitude, le ciel était bleu et les arbres étaient enneigés par la neige neigeuse qui avait neigé pendant la nuit noire de la veille qui dura toute la nuit nocturne. En voyant ce spectacle désolant, Heihachi eut un air désolé, puis il cracha par terre et toussa pendant cinq bonnes minutes avant d'écraser un vieux mégot de cigarette qui était en train de mettre le feu à la moquette de son salon flamboyant. Refermant ensuite d'un geste rapide la partie droite de sa robe de chambre rougeâtre sur la partie gauche, il tourna les talons avant de se remémorer un souvenir fabuleusement enfoui tout en trempant une tranche de brioche séchée dans son café au lait.
C'était le jour où il parla pour la dernière fois à Lei ou Long, il ne se souvenait plus très bien. Celui-ci était en face de lui, debout, et il tenait entre ses mains un revolver type Lefaucheux ancienne génération de scouts Hongrois. La finition de cette arme était telle qu'elle brillait dans la nuit même si il faisait jour à moitié, à part la lune qui était cachée par un petit nuage qu'on apercevait par une petite fenêtre avec trois barreaux tordus de type renaissance. Heihachi était quant à lui solidement attaché à une chaise en bois brut, et il ne pouvait esquisser le moindre mouvement, sauf pour cligner des paupières ou se faire cuir un oeuf sur le plat entre 12h43 et 13h07. Lei ou Lang l'interrogeait de manière fortuite :
- Alors, tu vas te mettre à table, vieil homme ?
- Il n'est que 11h26.
- Je parle des révélations que tu as à me faire, gredin des forêts !
- Je ne parle jamais entre les repas.
- OK.
Lei ou Longue tira alors une balle dans le pied de Heihachi, mais celui-ci rigola après l'impact :
- Ah, ah, ah ! Jeune freluquet ! Je savais que tu ferais ça, alors j'ai mis une chaussette pare-balle !
Lei ou Langue était étonné, mais après tout il lui restait cinq balles: aussi tira-t-il cette fois dans le genou de l'homme qui se trouvait à sa portée, avant d’enchaîner sur son épaule droite puis de manquer trois fois sa cible à cause d’un problème de chien mal ajusté. Heihachi resta dix semaines à l'hôpital pour se remettre de ses blessures, mais il n'avait pas révélé la recette de sa grand-mère, c'était là le principal.
Ce souvenir revenait à la mémoire de notre héros comme si c’était hier jour à partir de demain, et il ne revint à la ferme réalité que lorsque son pouce se brûla dans son café tiédasse :
- Ouille ! dit-il alors dans un sanglot rempli de haine et d’effroi.
Il secoua alors son pouce rapidement et entama une sorte de danse rituelle qui semblait indiquer aux dieux du vent que le temps était venu de souffler le chaud et le froid.
A cet instant précis, on frappa à la porte : Heihachi se roulait par terre mais entendit tout de même la sonnette manuelle qui s’activait à moult reprises. Il décrocha donc son combiné téléphonique pour répondre rapidement :
- Oui ? Qui est-ce donc à une heure si matinalement matinale ?
Personne ne répondit, mais le vieil homme touilla son café. Puis, au bout de deux bonnes minutes de rafut sans nom aucun, quelqu’un défonça la porte à coups de pieds et à coups de machette de fort bonne qualité. En quelques secondes, notre héros fut encerclé dans tous les sens, sauf derrière lui. Il renversa alors son café lentement pour détourner l’attention, mais le subterfuge ne prit pas. Il faut dire que les ninjas n’étaient pas des nazes. L’un d’eux s’avança d’ailleurs d’un pas vitesse et, brandissant sa longue lame tranchante vers la moustache de Heihachi, il lui tint ces mots remplis d’amour et d’espoir tenace :
- Toi, le vieux, tu vas mourir ce jour et je bénirai mon Dieu unique avec tes tripes et tes boyaux, foi de Yoshimitsu !
Puis, après cette tirade, il jeta du riz un peu partout dans la pièce en entamant un chant belliqueux. Un des grains de riz virevolta d’ailleurs longuement avant de tomber dans la tasse de l’agressé ; cela eu pour effet de rendre Heihachi subitement fou à lier, et il commença à se mettre en position basse pour faire caca :
- Gouh ! Toi, l’extra-terrestre chauve ! Comment oses-tu fouler ce sol sacré de ta présence nébuleuse ? Ne comprends-tu pas que celui qui va mourir ici, c’est toi, sombre idiot ?
Le regard de l’ancêtre était fou et beau à la foi, sauf l’œil gauche. Mais Yoshimitsu n’eut qu’un ricanement de mépris pour son adversaire, le mettant en garde de façon gardienne :
- Hin ! Petit con ! Je tiens ta femme en otage ! Xiaoyu Ling, cela ne te dit rien ?
En effet, ce Chinois vendeur de riz avait raison : l’un des autres samouraïs ninja qui l’entourait tenait entre sa poignée délicate une femme âgée et vieille d’une centaine d’année, dont la peau flétrie se décollait parfois selon la partie du corps qui était la plus entreprenante. Le visage de Heihachi se déconfit d’une manière bleutée, ne sachant que dire, et son ennemi rapide qui souriait toujours eut un nouveau sarcasme lucide :
- Ah ! Ah ! Ah ! Tu vois bien que c’est moi le plus fort ! Abandonne !
Loin d’abandonner, Heihachi sauta par la fenêtre du troisième étage et s’échappa en tongs dans la neige fraîche et mœlleuse. Personne ne le revit, mais on dit parfois que des enfants un peu idiots l’aperçoivent au loin la veille de noël, le nez rouge et une tasse de café dans la main droite, mendiant devant un grand magasin tout en tentant de démasquer les ninjas Thaïlandais qui feraient leurs courses de riz gluant pour le Nouvel An Chinois.