26 juillet 2008

Chapitre 10

L'herbe était verte, le ciel était bleu, le soleil était jaune et son slip était blanc : voilà la vision d'horreur qu'eut Heihachi lorsqu'il s'éveilla avec deux dents en moins et une bosse de 0,83 cm sur son crâne chauve.
Toujours au sol, il tenta de se souvenir de ce qu'il s'était passé : une vieille folle qu'il avait tué, un ninja thailandais qui marchait sur des poutres, un poisson-éléphant des eaux du nord...
Ces images se mélangeaient dans son esprit sain et tordu, aussi décida-t-il de ne pas rester ici un instant de plus sous peine de se faire écraser par une voiture qui arrivait vitesse justement à cet instant.
Mais alors qu'il avait exécuté un superbe saut périlleux retourné arrière quadruple flip salto woudi woudi tralala tsoin tsoin, Heihachi vit le véhicule freiner et s'arrêter net près de sa cheville gauche ; un homme en descendit, chinois, cheveux noirs, insigne, flingue, chemise blanche, flic, chaussures de ville, tâche de sauce tomate sur son pantalon de velour marron avec des teintes violacées.
Il parla :

- Des passants ont dit avoir entendu des coups de feux par ici ! Alors prenez les témoignages et plus vite que ça !!

Douze autres personnes sortirent de la twingo berlingo et partirent de tous côtés, comme des limaces qu'on aurait lâché dans un champ de salade par un jour de canicule particulièrement friand.
Puis, regardant Heihachi dans le blanc du slip, le policier à la dégaine de chimpanzé mexicain s'avança tout en refaisant ses lacets à scratch :

- Hé toi, tu me paraît suspect avec tes moustaches ! Je ne suis pas raciste, mais tu vas devoir répondre à quelques questions subsidiaires si tu comptes pouvoir partir d'ici menottes aux poignets !

Le temps que le flic venu des montagnes rocheuses ait fini de dire sa longue et ennuyeuse phrase, notre héros aux pouvoirs exceptionnels était déjà parti en courant en direction du nord-est, et disparaissait au loin dans la pénombre du crépuscule lunaire.
Essoufflé, l'homme de la police ne parvint pas à faire un pas de plus et s'appuya à sa voiture banalisée pour reprendre son souffle :

- On se retrouvera, je te le promets !

Et il mangea des chips.

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26 décembre 2011

Chapitre 11

Depuis qu'il avait semé cette flicaille à l'air de loutre fou, Heihachi courait sans s'arrêter, ayant trop peur de se faire arrêter et envoyer en prison. La pluie s'était remise à tomber, et les flaques d'eau sale ruisselaient sur la chaussée du matin. Notre héros au coeur d'or avait le souffle court et l'arrivée d'une horde de chiens errants manqua de lui dévorer une jambe, un oeil et un concombre des prairies. Il se cacha alors dans un trou et attendit que la pluie et les chiens passent pendant qu'il se reposait délicatement.
Plus tard, alors que la boue l'avait à moitié ensevelli, Heihachi sortit sa main de son cache-nez et commença à uriner partout. Il s'aperçut bien vite que la neige manquait et que les tubercules du jasmin étaient plus grands qu'un clown monté sur échasses. Aussitôt dit aussitôt fait, il remonta à la surface pour respirer le bon air frais, et surtout pour - enfin - rentrer chez lui après cette dure journée de merde.
La nuit tombait bientôt dans la ville à petite portée, et l'angle de vue de notre héros au coeur vaillant vacillait à chaque pas qu'il faisait sur la chaussée lisse et froide. Depuis son dernier sandouiche à la rillette, il n'avait rien mangé depuis quelques jours de battement flasque et voluptueux. Ainsi, ses pensées vagabondaient allègrement entre les mailles du filet, et il pensa qu'il n'y avait que maille qui lui aille.
Après plusieurs pas chaloupés et deux bonnes heures de marche triangulaire, il finit par tomber sur un croisement dans la ville noire et brune: c'était le lieu de prédilection d'une installation rapide et belle d'un bar jumelé tenu par la famille de longue date. Heihachi entra en se mouchant, et referma la porte derrière lui parce qu'il avait quand même des bonnes manières (il avait vécu 3 mois dans le Doubshire, Sussex, Angleterre, Royaume-Uni, en compagnie d'une madame travestie). Une blondasse apparut soudainement dans un costume bleu turquoise avec des nunchakus et un couteau de boucher:

- Bien le bonsoir espèce de gros porc, que désirez-vous ?
- Hé bien, la meilleure saucissaille que vous possédez, deux tranches de lard et une kyrielle de pommes dauphines cuites au four ancien dans un demi-litre de graisse d'oie véritable.
- Tout de suite raclure de bidet.

La femme s'éloigna, mais notre héros au coeur vacillant n'eut pas le temps de se remettre à ses mots fléchés qu'il avait déjà la visite d'une autre hurluberlue en chapeau de cowboy et tenue de soirée rouge vif d'un goût plus que douteux:

- Bien le bonsoir pauvre pourriture moisie, que désirez-vous ?
- Hé bien, un demi-kilo de noix de cajou, quatre ailes de poulette sauce chicken, dix-huit calibres 900 et mon pied au cul si tu te casses pas dans la seconde.
- Tout de suite vieille nouille séchée.

Et la femme s'éloigna tout aussi promptement que la seconde. Mettant sa serviette autour du cou comme toute bonne tortue mutant qui se respecte, Heihachi ne put s'empêcher de rôter, de péter et de rôter à nouveau, comme pour mieux préparer la bectance qui allait s'amener dard-dard. De plus, il contempla l'enseigne d'une vue extérieure: "Le Bar du Coin". Tiens-tiens, cet air de canard lui disait abruptement quelque chose...

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07 mars 2012

Chapitre 12

Heihachi était toujours atablé. Il attendait, l'oeil hagard, l'arrivée de son repas demandé par doublon. Mais cette enseigne qu'il avait vue au détour d'un clin d'oeil lui rappela à sa mémoire quelque souvenir subjectif. "Le bar du coin"... Où diable avait-il pu entendre parler de ça ? Est-ce l'un de ces bars louches dans lequel il avait pu aller un soir de cuite mémorable ? Non, assurément: notre héros et néanmoins ami n'était pas un tel débauché. Etait-ce le lieu d'un meurtre pour lequel il avait dû enquêter un soir de pleine lune ? Non, promptement pas: comment aurait-il eu l'audace d'oublier tel évènement, lui qui notait tout - bon an mal an - dans son journal intime ? Les méninges se creusaient et le ventre gargouillait. Heihachi n'en pouvait plus. Hurlant de fâcherie, il frappa du poing sur la table et les couverts volèrent :

- Bordel ! Où est donc la bectance, femmes ! Je vais brûler votre établissement, et vous avec !

Tout à coup, un éclair de génie au chocolat lui traversa l'esprit :

- Mais oui, évidemment ! C'était... Comment s'appelait-il déjà ? Un chinois... Lei ou Lang... Je lui avais buté sa tête au colt magnum ! C'était ici, j'en suis sûr !

Il criait comme un pendu et tous les clients le regardait :

- Quoi, les mauviettes ? Je vous prends tous un par un ! Non, tous en même temps ! Venez !

C'est alors que, sortant d'une poubelle déguisé en chamelle, un flic avec une chemise blanche et des bretelles à la mode pointa son arme de service sur notre héros au coeur doré :

- Hey ! Lâche ton arme Hachi ! Ou j'te fais cramer les esgourdes !

- Ah ouais ?

- Ouais !

- Ah ouais ?

- Ouais !

Et tout l'immeuble s'effondra.

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