Les feuilles mortes tombaient des arbres.
Le jour se levait petit à petit dans l'appartement de Heihachi, avachi sur son superbe canapé qui avait vu passer sa couleur de noir foncé à noir clair dans les dernières heures de sa vie nocturne.
Quelques oiseaux piaillaient au dehors, et notre héros n'aimait pas cela.
Ces sons l'agaçaient, l'irritaient, le réveillaient.
Et c'est ainsi que commença une mauvaise journée.
Se grattant la tête en tentant vainement de se relever, il comprit que son mal de dos chronique était revenu.
Il fallait bien dire que dormir dans pareille position, la tête perpendiculaire au corps et à moitié assis, n'était pas de tout repos.
Enfin, Heihachi préféra finalement tenter une roulade saltoïque afin de se relever, et se retrouva par terre en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Grommelant des choses incompréhensibles et que, de toutes les façons, la morale réprouve sans aucun doute, l'homme se leva cette fois et se traîna jusqu'à sa salle de bains où - comble de l'ironie - ne se trouvait en fait qu'une cabine de douche et un lavabo.
Ouvrant le robinet d'eau froide, le son de cette eau s'écoulant lui donna soudain envie d'aller au petit coin, ce qu'il s'empressa de faire sur-le-champ ; malheureusement pour lui, c'est cet instant sacré que choisit le livreur de courrier - autrement dit le facteur - pour sonner à sa porte.
Décidé à ne pas se faire malmener par la vie, Heihachi prit son mal en patience et se dirigea de manière spontanément énervée vers la porte de son bel appartement aux couleurs froides et ternes.
Après avoir déverrouillé l'accès vers l'extérieur, la porte s'ouvrit devant un homme assez jeune de type asiatique, à la tunique jaune caractéristique des employés de la P.O.S.T.E., sigle dont notre bon Heihachi n'avait jamais saisi la signification pourtant simpliste.
Le courageux travailleur qui travaillait par temps froid ou chaud selon les saisons fit un bref "Brrrrr..." pour rappeler que l'extérieur était plutôt tiédasse en cette saison, et il donna en mains propres une lettre à Heihachi qui ne le remercia pas, ayant froid aux pieds.
Après avoir refermé la porte derrière lui et verrouillé à nouveau l'accès afin qu'un charlatan ne vienne pas le déranger dans sa prière, notre héros s'avança dans son appartement en analysant cette enveloppe qui protégeait le courrier.
Était-ce un piège ?
Avait-il eu raison de fermer la porte une première fois sur les doigts de cet employé de la P.O.S.T.E. ?
Pourquoi la queue du cochon est-elle en tire-bouchon ?
Il aurait sans doute toutes les réponses à ces questions en ouvrant la lettre.
Heihachi retourna donc dans son salon et, s'asseyant, s'empara de son coupe-papier et sortit le courrier :   

Salut Heihachi,

Ça fait une paye mon vieux !
Comment vas-tu ?
Je ne sais pas si tu te rappelles de moi, on était à l'école de police ensemble.
Je me souviens encore du jour où tu as eu cette conjonctivite, c'était vraiment flippant !
La doctoresse avait remarqué que tu n'avais plus de pouls, mais personne ne s'en était alors inquiété.
Enfin bref, je voulais te dire que j'allais venir en ville d'ici une ou deux semaines, on pourrait se revoir, qu'en penses-tu ?
J'ai lu quelques uns de tes rapports sur ton site en ligne, et ils sont mathématiquement biens !

En plus, j'aurais aimé étudier de près cette météorite qui est tombée l'autre jour dans le jardin des Ramon.
Je sais que tu as dû voir des photos, mais elles sont truquées : les extraterrestres ne jouent pas au tennis.
De toute façon je t'appelle quand je suis à l'aéroport, tu viendras me chercher, hein vieux frère ?

Allez je te laisse.
A+

Signé : Mi-Chan, un mec chaud.

PS : Tu as eu raison, ne t'inquiète pas.
PS2 : En fait, c'est le tire-bouchon qui est en forme de queue de cochon.
PS3 : Pas encore de bon jeu sur cette console...

Heihachi n'en crut pas ses oeils : il allait revoir Mitchi, ce bon vieux Mitchi, lui qu'il n'avait pas vu depuis des années ?
Le reconnaîtrait-il ?
Faisait-il toujours aussi bien les uppercuts à la sauce soja ?
Heihachi se souvenait du bon vieux temps, quand il s'amusait avec Mitchi à jeter des excréments, ou qu'il tentait d'accoupler un hamster avec un hippopotame.
Tant de souvenirs lui revenait en mémoire, tant de choses restées en cage qui semblaient se libérer au gré du vent...
Un rayon de soleil apparut dans le ciel d'Oulossis.
Ça y est : la journée pouvait enfin commencer.