Chapitre 4 : Habitation précaire parmi les autochtones
Le voyage fut long, fastidieux, rapide et moche à la fois. Heihachi, en tant que héros, prit son air normal pour sortir de la busse, mais on pouvait raisonnablement dire qu'il en avait plein l'cul. Panda le suivait toujours en portant sa lourde bagage à main, et dandinait du popotin - ce qui faisait que les passants du coin lui admiraient le fessier par des sifflottis et autres remarques taquines entre clins d'yeux et partie prenante. N'étant plus au centre de l'attention, notre héros rouspétait dans sa moustache, grommelant à chaque pas et commençant à faire de larges mouvements de béquille par-devant lui, le rendant aussi dangereux qu'aléatoire. Ils finirent tant bien que mal par arriver à l'auberge de vieillesse des environs, et les deux compères entrèrent sans prière dans l'établissement susnommère :
- Holà tavernier, servez-nous donc deux mousses et des amuse-gueules - et que ça saute !
- Bien monsieur, dit le tavernier qui était en fait un maître d'hôtel aguerri mais qui savait reconnaître un emmerdeur quand il en voyait un.
- Et préparez-nous une chambre quatre étoiles, j'aimerais prendre un bain tiédasse !
- Bien monsieur, dit le maître d'hôtel aguerri qui était en fait le propriétaire de l'établissement - l'un des personnages les plus importants du patelin aussi plus riche que le plus riche de tes connaissances.
Heihachi s'assit à une table en plein milieu des lieux, et Panda alla au bar pour demander si on cultivait de bonnes pousses de bambou dans les environs. En regardant les hurluberlus du coin, notre ami et néanmoins héros se décrottait le nez avec un certain tact, le p'tit doigt dans la fosse et l'oeil aussi affûté que son sabre qu'il avait perdu une fois dans un bordel des environs. Il y avait tout un tas de profils peu reluisants, qu'on pouvait lister ainsi :
- Une femme blonde au justaucorps bleu saillant et au décolleté non moins vaillant qui attira tout de suite l'oeil malicieux de notre justicier, mais semblant aussi énervée qu'une poutrelle de métro scandinave ;
- Un vieil homme en blouse blanche gerbant ses tripes sur sa table avant de rouler sur le sol en prononçant des dialectes aussi anciens qu'insupportables à l'oreille ;
- Une autre femme - rousse cette fois-ci - coupe carrée et air renfrogné, mais là aussi il y avait du monde au balcon donc notre héros se rinça l'oeil à la cire ;
- Un bellâtre furieux avec les pectoraux saillants qui semblait lui aussi très agacé, à se demander pourquoi tout le monde était énervé ici mais c'était un homme donc Heihachi n'en avait rien à foutre ;
- Et enfin un mastodonte de 3 mètres, muscles aussi balèze qu'une roue arrière de tracteur, et qui était armé de nombreuses armes et armures - notre héros se dit qu'il n'allait pas déranger ce jeune homme frêle et respectueux pendant qu'il dégustait sa soupe de vis et de boulons - sa joie de vivre faisant en effet plaisir à voir.
Après plusieurs minutes d'une attente qui sembla durer des secondes, on finit par servir le deux comparses, Panda étant revenu avec une bassine du meilleur bambou du coin, trois étoiles sur le guide Heihachelin, et il s'en mordait les babines d'avance. Heihachi but les deux mousses et se goinfra d'amuse-gueules avant de vomir sur la table et de rejoindre ses pénates, à la lumière de la lune nocturne et brillassante.