16 août 2015

Chapitre cinq : La révélation de la mort

Une fois son ami de toujours parti, il était tard. Mais Heihachi était tracassé et n'avait pas sommeil. Il se réveilla le lendemain vers midi alors qu'un oiseau avait pénétré dans sa maison par la porte restée ouverte. Il sortit son magnum et flingua le volatile avant de se servir un bourbon. Se frottant ensuite les yeux avec le revers de sa chemise, il ôta son chapeau beau et réfléchit dans sa tête tout en parlant à voix haute :

- Feng Wei, petit enfoiré, serait-il possible que tu m'aies trahi ? Je dois en avoir le coeur net : avec mon canon dans la bouche, tu feras moins le malin et seras peut-être plus causant.

Notre héros sortit donc de sa maison en marchant sur la porte, et fut immédiatement interpellé par la présence d'un homme en costume avec une belle cravate rayée noire et rouge qui se trouvait accroupi dans son jardin. Heihachi le salua de la main et l'homme fit de même avant d'ajuster ses lunettes et de positionner sous terre un mécanisme d'autodestruction ressemblant à une bombe artisanale. Mais difficile d'être plus précis en étant à une telle distance. Heihachi descendit ensuite la ruelle afin de se rendre au magasin de Feng Wei et lui tirer les vers du nez. Arrivé sur place, notre aventurier populaire prit une bonne respiration, réajusta son costume et cassa la porte de la boutique d'un coup de pied rotatif :

- Gouh !

Les clients fuyèrent vitesse et Feng Wei n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu'il se fit soulever du sol par le col avant de se prendre un coup de boule. Alors qu'Heihachi le regardait avec dédain, son ami éternel se frotta le ventre et répliqua par un croche-patte des familles, ce qui fit que son adversaire chuta comme un étron en se cognant la tête dans l'angle d'une table adjacente :

- Mais enfin Heihachi qu'est-ce qui te prend ? Tu sais bien que l'entraînement aux arts martiaux ne commence qu'à midi !

- Je ne suis pas là pour plaisanter avec la plaisanterie Feng Wei ! dit Heihachi en se relevant avec mollesse car il était à moitié assommé. Je veux savoir qui a piégé ma propriété ! Qui veut donc ma mort à ce point, sinon toi ? Je sais que tu m'en veux encore de t'avoir volé tes biscuits lors de notre goûter de 1962, mais c'était de la légitime défense !

- Tu divagues Heihachi ! Tu sais bien que je hais Lei Wulong autant que toi !

A cette évocation, notre héros reprit totalement ses esprits, se tut et comprit : oui, celui qui était derrière tout ça, ce ne pouvait être que Lei Wulong ! Ce flic corrompu était le seul qui avait accès à la base de données de la police ! Il était le seul à le suivre en permanence, à savoir où il se trouvait, à le tirailler sans cesse entre la vie et la mort d'autrui de son bagage ! Il méritait la mort rapide !

- Tu as raison mon ami. Allons le tuer tout de suite.

Et les deux frères d'armes se remplirent les poches en dévalisant le magasin pour s'armer jusqu'aux dents avant de reprendre une route commune semée de sang et de corruption malhonnête qui allait les mener vers leur fatal adversaire.

(suite)


22 août 2015

Chapitre huit : La poursuite vitesse

Lei Wulong fuyait à toutes enjambées mais Heihachi le suivait à la trace : il faut dire qu'il avait neigé dans la nuit et qu'il était facile de voir les traces de pas sur le sol. Notre héros léger se disait bien qu'il faisait frisquette quand il avait pris son bain mais comme il avait oublié ses jumelles dans son autre pantalon il n'avait pas vu que la prairie verdoyante s'était parée de son plus beau manteau blanc de l'hiver froid et lointain. Lei Wulong finit par se croûter contre un mur en ratant un virage et pissa le sang, ce qui facilita encore davantage la poursuite de Heihachi qui était vraiment très lent par rapport à cet énergumène qui allait vraiment vitesse. Au bout de plusieurs jours de course-poursuite molle, et alors que Lei Wulong avait perdu plusieurs litres de sang, notre ami bienheureux tomba par hasard sur un corps inerte qui était en train de se faire manger par des loups, des asticots et trois hommes du théâtre des Péquenaudes, célèbre dans la région de l'Irmonce pour leur spectacle désuet et plein de charme sur la police montée quadrinomale affectant quatorze fois l'an les dissentions caractérstiques de l'abominable marché des fleurs de l'Ourga. Heihachi trouva également Lei Wulong, debout devant lui, à bout de souffle et de rage. Les deux hommes étaient face à face pour un face à face final. Mais ils n'avaient pas d'arme. Heihachi prit un bâton tout de bois vêtu tandis que Lei prit une pomme de pin. Chacun se menaçait les yeux avec vigueur mais rien ni personne ne pouvait prévoir l'issue de ce duel fratricide. Mais alors que Lei faillit s'évanouir de faim, de froid et de fatigue, Heihachi en profita pour vomir le bouillon de légumes qu'il avait trouvé dans une souche d'arbre l'avant-veille. Lei en profita à son tour pour lancer la pomme de pin et acheter une baguette chez le boulanger pour 9 sous, et jeta le sou restant dans la gueule de Heihachi qui faillit perdre un oeil et son froc qui s'était détaché. Se tenant abruptement à son bâton, notre héros chargea comme un forcené pour tenter de piquer la baguette à son adversaire, mais ce dernier l'avait engloutie en moins de temps qu'il n'en faut pour dire cloaque. Fâché, Heihachi planta son bâton pointu dans le ventre de Lei mais celui-ci se brisa avec rapide. Alors il se rattrapa en lui collant une tarte dans la gueule et en lui mettant quelques coups de godasse dans les roubignolles. Lei s'évanouit pour de bon en criant comme une damoiselle en détresse et Heihachi put commencer à le ramener en le traînant derrière lui sur deux kilomètres. Il irait irrémédiablement en prison une fois arrivé au village, c'était certain. Mais le soir tombait enfin après cette journée belle et il fallait à Heihachi trouver le gîte et le couvert pour passer la nuit...

(suite)

01 juin 2017

Heihachi, Story bien IX

En marche vers le teinturier-pressing, notre héros au service du bien chantait une petite chansonnette qu'il avait entendu la veille à la télévision, en barbouillant les paroles de cette dernière, sans doute issue d'une langue morte à l'heure qu'il est : « Damblou Dabeudi Dabeuda Hmdabeudi Hmdabeuda Dabeudidabeuda... » Après être arrivé au niveau faible du banc de l'abris-bus, Heihachi avait le souffle coupé. Ses vieilles bronches le faisaient souffrir de fatigue rapide et il avait un talon de tong cassé. Il demanda le prénom de ce fils de maître pressingueur. « Moulongue », lui répondit-il, d'un mouvement de queue de cheval. Mais Heihachi n'avait pas le temps pour faire la causette et exigea à Moulongue de lui rendre ses biens au plus vite avant de se prendre un coup de boule boueux. Moulongue s'exécuta, mais d'un tour de main de passe-passe, exécuta une sorte de prière fraternelle des signes du zodiaque-hindouiste des vallées brunes. Heihachi n'avait rien vu de tel depuis sa folle soirée devant Sacrées Diarhées, accompagné de sa quintuple quadragénaire quasi ex-femme et d'une bonne bouteille d'eau-de-vie du coin lorsque que le présentateur fît intervenir une troupe mongole de haute voltige.

Sous cette belle pluie diluvienne, cette danse d'un autre univers lointain redonna courage et vigueur à Heihachi qui était en train de racomoder sa tong en bois vieux. Moulonge lui proposa alors de l'accompagné jusqu'au pressing. Heihachi refusa et à l'aide de sa paire de roller cachée sous son slibard en soie, partit sans dire au revoir. Arrivé devant la boutique vitesse, notre beau mâle ouvrit la porte d'un coup de coude redoutable et brisa le carreaux. Nous pouvions alors lire sur le vitrail publicitaire d'envergure moche « Pr...ing », exactement la même onomatopée que lorsqu'il entra avec fracas.

La boutique était vide et la lumière sombre. Nous étions déjà dimanche jour.

Heihachi, Story bien X, ici