23 août 2015

Chapitre neuf : Une auberge allemandoise

Toujours en continuant de traîner Lei Wulong derrière lui, Heihachi finit par tomber sur une belle auberge en bois au milieu de nulle part sur un chemin de terre bordant une forêt. Il faisait toujours un temps neigeux et nuageux et notre héros au coeur gros grelottait dans sa besace car il était pieds nus comme à l'accoutumée où il devait porter des coups de poings et de pieds à ses ennemis. Aussi rentra-t-il vitesse par la fenêtre en cassant deux carreaux grâce à un superbe ushimori sauté délicat et parfumé. Lei qui le suivait se prit quelques morceaux de verre dans le nez et dans les yeux mais qu'importe. Heihachi s'installa devant le feu de cheminée en dégageant une très très vieille femme qui se trouvait sur son chemin et qui valdingua à travers la pièce comme une quille traversée par un chien de traîneau. Il posa délicatement son ennemi de toujours au coin du feu en l'attachant solidement avec du fil de fer barbelé et des épis de maïs qu'il avait trouvé sur le comptoir. Lorsqu'il eut terminé de se réchauffer les arpions, il mit une main aux fesses de la serveuse qui lui donna trois coups de poings en échange et il s'écroula sur le zinc en crachant une dent de sagesse qui le faisait souffrir depuis dix-sept ans. Il demanda alors à l'aubergiste :

- Bonjour mon brave ! Servez-moi donc votre meilleur tord-boyaux !

L'aubergiste lui présenta plutôt un fusil à canon scié qu'il lui planta dans le nez, demandant gentiment à Heihachi de déguerpir plus vite que ne le ferait un drogué unijambiste qui aurait entendu l'appel de son livreur de pizza au coin de la rue Lecourbe et du boulevard des Hautes-Herbes-de-Provence. Notre héros beau sortit à son tour une bourse pleine de pièces de bronze et dit à son interlocuteur que tout serait à lui s'il dansait la samba en slip autour de la casserole de la cuisine tout en incantant des rites vaudous anciens. L'homme s'exécuta et Heihachi put manger tranquillement une saucisse géante et un bol de ramen directement venu de l'arrière-pays, le tout arrosé d'un délicieux vin de l'Oc qu'il avait déjà bu un soir de pleine lune où lui aussi était rond comme un pied de chaise. Il dormit ensuite près du feu en se servant de Lei Wulong comme oreiller puis le frappa au petit matin afin qu'il se réveille. L'homme chinois n'était pas content mais il avait plus soif, faim et mal partout qu'il n'était pas content. Heihachi qui était un homme de coeur lui tint à peu près ces propos :

- Tiens-toi tranquille et je te délivre de tes liens ! Tu pourras alors boire un coup mais gare ! Si je te vois en train de manigancer un coup de trafalgar, c'est moi qui vais te filer des coups !

Lei, l'air penaud, obtempéra du chef et Heihachi lui mit un bon coup de pied au cul pour lui rappeler qui était le patron. Ils sortirent ensuite de l'auberge avant d'y mettre le feu, et partirent en direction du village alors que les deux hommes se désaltéraient en buvant de l'urine de chacal pasteurisée. Mais quelqu'un les guettait dans la pénombre des arbres...

(suite)


28 août 2015

Chapitre quinze : Retour au bercail

Le jour qui suiva, Heihachi rentra chez lui par le train Thalys. Il déjoua un attentat perpétré par Lei Wulong et préféra ne pas donner son nom incognito aux agents de la polys locale. Il arriva sous les applaudissements de la foule en délire ce qui lui renouvela des souvenirs propres de sa jeunesse prospective, et surtout belle, lorsqu'il n'était alors qu'inspecteur stagiaire à la Mishima Corporation qu'il avait fondée l'année plus tôt. Après un passage chez le coiffeur pour être beau pour rentrer chez lui, il rentra chez lui à pied avec une vitesse lente propre aux interminables bouchons qui sévissaient dans sa ville natale de Oulossis-les-Moulineux, future mégalopole hollandoise qui avait battu l'équipe des Loustar 7-0 lors d'un affrontement yougoslave devenu épique depuis les évènements tragiques qui étaient survenus lorsque cette très très vieille femme vieille perdit sa jupe sur la grand place de la Grande Place. Glissant sa clé dans la serrure de son appartement délabré, Heihachi préféra casser la porte d'un coup de pied pour se rigoler un bon coup, ce qui fit peur aux voisins qui décidèrent de déménager. Ensuite, il s'assit dans son fauteuil favori et respira la bonne odeur polluée de la ville : il était aux anges.

- Aaah ! Quelle sensation délicieusement fausse ! disa-t-il dans un jargon ancien. Il serait temps de s'appeler une bonne bouteille !

Notre héros grisonnant prit donc le téléphone et appela SOS Alcool-Pur pour qu'on lui livre l'équivalent de son poids en bonnes bouteilles. Sa livraison arrivera trois semaines plus tard. D'ici là, Heihachi retira ses godasses puantes et les mit dans la machine à laver. Puis il jeta par la fenêtre ses chaussettes qui sentaient le rat crevé et quelqu'un dans la rue s'évanouit. C'était sa manière d'annoncer son retour dans la ruelle sombre et affutée. On toqua à sa porte mais notre ami de toujours n'entendit rien car il n'y avait plus de porte. Alors on sonna à la place.

- Oui ? Entrez, c'est ouvert.

C'était un courrier postal apporté par un inconnu en costume jaune qui semblait avoir froid en cette matinée d'été frileuse. Heihachi lui proposa un café tiédasse mais l'homme moche refusa poliment en insultant notre belâtre héros au coeur pur, qui ne put s'empêcher de lui coller une mandale. Le courrier était écrit dans une langue ancienne et inconnue, aussi Heihachi ne put la lire. L'inconnu livreur fit ensuite une balayette à son adversaire qui l'avait frappé, ce qui agaça fortement Heihachi. On ne pouvait plus échapper à un dantesque combat...

A SUIVRE

(revenir au chapitre précédent)