24 août 2015

Chapitre onze : Une folle soirée

Après un périple aussi long que ses cordes vocales, notre héros à tous Heihachi, accompagné de son ami Feng Wei et de son ennemi Lei Wulong, arrivait enfin en vue du village buccolique d'où nous étions tous partis un peu plus tôt. Il était tard dans le matin à ce moment-là et le vent soufflait dans la plaine, mais la température était suffisamment tiédasse pour se prélasser dans un transat. Aussi notre ami et sauveur alla directement chez le shérif de la ville qui n'était autre que lui-même, et il prit les clés de la prison dans son caleçon pour ouvrir la cellule et mettre Lei Wulong dedans. Il y avait déjà plusieurs corps en décomposition dans la geôle, et même un superbe squelette très ancien, mais il y avait encore la place de pourrir tranquillement pendant de nombreuses années, ça allait sans dire. Heihachi ria à cette blague. Puis il sortit fier comme un oeuf avec son comparse afin que les villageois fêtent son arrivée de la meilleure manière qui soit, c'est-à-dire avec un banquet colossal. Comme il n'y avait aucun banquet de prêt apparemment, Heihachi s'énerva en sortant son gun et en flinguant trois passants et quatre poules. Il en aurait eu une cinquième si celle-ci n'avait pas étrangement disparu à travers le sol. Mais bon sept sur huit c'est déjà pas mal, surtout en fermant un oeil et en jouant des claquettes en même temps. Puis comme il ne se passait toujours rien et que les gens commençaient à le prendre pour un fou, Feng Wei hurla qu'on apporte cent-vingt kilos de viande bien saignante rôtie dans sa graisse immédiatement sur la place du village. Et des frites. Heihahi se lécha la babine avec délectation et s'assit sur son trône central en riant fort et bruyamment. Il cracha par terre pour allumer un feu et y jeter une rôtissoire d'une tonne qui cassa le sol de la place sur deux mètres quarante-trois, puis ria à nouveau en frappant l'épaule de Feng Wei qui eu une torsion grave du muscle épisculaire et deux côtes brisées, soit un bon mois de rééducation avec des médecins incompétents. Feng Wei quitta l'assistance sur civière et, à nouveau seul, Heihachi demanda à ce qu'on apporte une demi-douzaine de danseuses et un bouffon qui saurait faire de la magie orientale et des beignets aux fruits. La soirée débutait sous les meilleurs auspices et Heihachi passait un moment délicieux entre pintades, poulettes, sangria, fruits confits et vingt kilogrammes de barbaque pour lui tout seul, baignant dans son jus gras et délicat. Sans doute la meilleure soirée de sa vie. Jusqu'au moment où notre héros des temps modernes eut une révélation : il avait par inadvertance oublié de fermer la cellule de Lei Wulong ! Ceci était affreux, et il se releva mollement en trépignant comme une collégienne pendant plusieurs secondes, mais heureusement pour lui, Heihachi se réveilla en sursaut : ouf, ce n'était qu'un rêve. Et il profita à nouveau de sa soirée de débauche en riant, en buvant et en se goinfrant jusqu'au petit matin pendant que Lei s'évadait de prison sur la pointe des tibias.

(suite)