13 août 2015

Chapitre un : La fatigue rapide

C'était il y a hier jour. Heihachi avait travaillé comme un damné durant ces derniers mois, et il était au bout du rouleau-compresseur. Ce qu'il voulait, ce qu'il désirait plus que tout, c'était prendre des vacances bien méritées, des vacances au soleil et à la plage de sable bleu. Dans son fauteuil style Louis XVI, Heihachi dégustait un bourbon de 3 ans d'âge. Affalé, avachi, puant dans sa robe de chambre dégueulasse, notre héros au coeur beau avait le teint pâle et la mine déconfite. Il regardait un feu de cheminée sur DVD et ne comprenait pas ce qu'il devenait. Oui, la chasse au crime l'avait fait beaucoup souffrir, et lui qui était pourtant encore si jeune et fringant avait l'air d'un vieillard mou du slip accablé par le poids des années d'errance et de difficultés rétiniennes. D'un bond, jetant son verre en cristal contre le mur, se dressant de tout son long dans ses chaussons rembourrés, Heihachi eut une illumination : il lui fallait partir de cette ville de merde où l'insalubrité et les bandits de grands chemins lui avait tant pressé les testicules dans un étau depuis des années. Aussitôt dit aussitôt fait, notre jeune et fringant flic fit sa valise en emportant une bonne bouteille de scotch, trois slips de bain, un chapeau de cow-boy du XIXème siècle, une tapette à souris et 17 livres sur des enquêtes non résolues depuis l'arrivée de l'ère glaciaire sur la surface des étalons fleuris en Armoisie occidentale. Enfin, il prit son porte-monnaie et un sandwich au jambon et sortit vitesse de son appartement en claquant la porte derrière lui. Le début d'un renouveau sans scrupule.

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Chapitre deux : La beauté du lieu reculé

Le train arriva en gare du Chmoulof. Ce bourg d'une centaine d'habitants se trouvait en pleine cambrousse méridionale, et c'était un lieu auquel Heihachi était très attaché, surtout la fois où il s'était trompé en enfilant ses menottes alors qu'il avait perdu la clé dans les toilettes de son appartement. Il descendit de son wagon avec voluptuosité et son bagage à la main gauche. Il tenait également deux nouveaux objets : une canne sculptée avec une tête de lion qu'il avait acheté aux enchères sur internet et qui correspondait parfaitement à sa personnalité combattante, lui le roi de la nuit, de la jungle et du cri de guerre éternel ; et un chapeau haut-de-forme qu'il avait volé à une riche femme d'affaires chinoise du nom de Michelle Chang. Ce nom lui disait bien quelque chose mais il n'en avait rien à foutre. A petits pas pressés, bondissant et cliquetant, Heihachi se rendit à sa maison de campagne où il mangeait souvent du pain et du pâté, qu'il acheta sur le chemin à son vieil ami Feng Wei qui avait en réalité la moitié de son âge arrondi à l'unité inférieure. En pénétrant sur son terrain, poussant une petite barrière de bois moisi, Heihachi huma l'air et sentit ses poumons lui faire un mal de chien ; il toussa à dix-sept reprises, cracha un ou deux glaviots et se remit ensuite en route pour ainsi franchir la porte qui le séparait de son logis de villégiature. Alors qu'il tourna la poignée, la porte tomba sur le sol dans un bruit sourd, soulevant par la même un amas de poussière impressionnant qui provoqua une nouvelle quinte de toux à notre héros grisonnant, qui manqua presque de s'étouffer. Après une bonne demie-heure, Heihachi reprit ses esprits : il comprit alors d'un seul coup que quelqu'un avait piégé sa propriété et jeta un oeil soupçonneux tout autour de lui : qui cela pouvait-il bien être ?

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