Heureux comme un pope, Heihachi sortit de son appartement.
Il était presque huit heures quand il refermait la porte à clé derrière lui, puis il commença à siffloter alors qu'il quittait l'étage où il se trouvait - car en effet notre héros habitait au deuxième étage.
Descendant les marches lentement mais de façon assez précise pour ne pas tomber, il croisa le regard de deux jeunes hommes d'origine maghrébine qui jouaient au tarot au milieu du passage.
Heihachi s'étonna : en effet, le tarot ne se joue-t-il pas plutôt à partir de trois joueurs ?
Enfin, cela ne le regardait pas.
Il continua d'avancer, l'air de rien, et tenta de passer sans adresser la parole à ces deux jeunes qu'il ne connaissait pas.
Mais par malchance et par inadvertance, l'homme marcha sur une carte et il l'abîma un peu.
Il s'en excusa, mais les jeunes de notre époque sont rapidement énervés et ils se levèrent donc dans un mouvement de concordance rapide pour agresser mentalement notre héros :

- Hey toi lààà...! Kessta fais à not' carte de tarot-là, t'es fou ou quoi ? Tu veux mourir ou quoaaa ?

Heihachi n'était pas très chaud pour mourir tout de suite, et comme l'une des deux personnes lui tapotait le thorax avec son doigt, il fut obligé sous la contrainte de sortir son gun qu'il avait toujours sur lui, on n'était jamais trop prudent.
Les deux jeunes reculèrent en faisant tomber les cartes qu'ils avaient dans les mains et en les levant en l'air :

- Oooh du calme mon frère on veut pas d'embrouille nous !
- Ouais c'est vrai, on agresse que les vieilles dames et les scouts d'habitude !

Sans écouter ce qu'ils disaient, Heihachi tira... sa révérence, et partit sans rien dire.
Finalement, il arriva en bas de son immeuble et s'arrêta ; le soleil brillait, il s'étira : c'était un temps magnifiquement beau pour aller se faire bronzer les fesses à la piscine municipale.
Mais avant, il fallait qu'il aille à ce magasin de déguisements.
A pied, il en aurait pour au moins quatre minutes aller-retour, aussi choisit-il de prendre le bus.
Il monta un petit chemin de terre pour rejoindre l'arrêt le plus proche, et arriva rapidement à bon port.
Des gens attendaient déjà.
Comme une vieille dame était assise sur le banc, il sortit son gun pour la deuxième fois de la journée : après tout, il était vieux lui aussi, et il méritait cette place en tant qu'ancien militaire blessé au combat au cinquième doigt de pied gauche.
La vieille quitta sa place en boitillant, et Heihachi s'assit... au moment où le bus arrivait.
Enfin, il se leva en poussant la vieille qui tomba, et monta dans l'autocar qui partit immédiatement ensuite.
Après s'être à nouveau assis, Heihachi sortit un mouchoir de sa veste Louis Vuitton et se moucha avec grand bruit.
Tout le monde le regarda, et le vieil homme adorait ça : il en profitait pour analyser chaque personne présente, tentant de savoir ce qu'ils faisaient là, ce qu'ils allaient faire...
Il les regarda d'ailleurs tous un par un, sans pour autant suspecter l'un d'entre eux d'être un quelconque trafiquant qui voudrait revendre sa marchandise.
Quelques minutes plus tard, Heihachi était arrivé à destination ; il descendit du bus sans payer, puis se dirigea vers la galerie marchande d'un pas rapide et lent.
Là, parmi les piétons, il marcha tranquillement, faisant parfois un croche-pied ou donnant subitement un coup de poing à un passant qui lui paraissait con ou malhonnête.
Toutes sortes de stands étaient là : des vendeurs de fruits avec des pamplemousses et des grenades, des vendeurs de légumes avec des haricots rouges et des tétragones, des vendeurs de vêtements avec des bretelles de couleur et des guitares en plastique...
Et finalement, notre héros arriva devant sa chère boutique : Camouflage & Cie.