03 novembre 2007

Chapitre 2

Les feuilles mortes tombaient des arbres.
Le jour se levait petit à petit dans l'appartement de Heihachi, avachi sur son superbe canapé qui avait vu passer sa couleur de noir foncé à noir clair dans les dernières heures de sa vie nocturne.
Quelques oiseaux piaillaient au dehors, et notre héros n'aimait pas cela.
Ces sons l'agaçaient, l'irritaient, le réveillaient.
Et c'est ainsi que commença une mauvaise journée.
Se grattant la tête en tentant vainement de se relever, il comprit que son mal de dos chronique était revenu.
Il fallait bien dire que dormir dans pareille position, la tête perpendiculaire au corps et à moitié assis, n'était pas de tout repos.
Enfin, Heihachi préféra finalement tenter une roulade saltoïque afin de se relever, et se retrouva par terre en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Grommelant des choses incompréhensibles et que, de toutes les façons, la morale réprouve sans aucun doute, l'homme se leva cette fois et se traîna jusqu'à sa salle de bains où - comble de l'ironie - ne se trouvait en fait qu'une cabine de douche et un lavabo.
Ouvrant le robinet d'eau froide, le son de cette eau s'écoulant lui donna soudain envie d'aller au petit coin, ce qu'il s'empressa de faire sur-le-champ ; malheureusement pour lui, c'est cet instant sacré que choisit le livreur de courrier - autrement dit le facteur - pour sonner à sa porte.
Décidé à ne pas se faire malmener par la vie, Heihachi prit son mal en patience et se dirigea de manière spontanément énervée vers la porte de son bel appartement aux couleurs froides et ternes.
Après avoir déverrouillé l'accès vers l'extérieur, la porte s'ouvrit devant un homme assez jeune de type asiatique, à la tunique jaune caractéristique des employés de la P.O.S.T.E., sigle dont notre bon Heihachi n'avait jamais saisi la signification pourtant simpliste.
Le courageux travailleur qui travaillait par temps froid ou chaud selon les saisons fit un bref "Brrrrr..." pour rappeler que l'extérieur était plutôt tiédasse en cette saison, et il donna en mains propres une lettre à Heihachi qui ne le remercia pas, ayant froid aux pieds.
Après avoir refermé la porte derrière lui et verrouillé à nouveau l'accès afin qu'un charlatan ne vienne pas le déranger dans sa prière, notre héros s'avança dans son appartement en analysant cette enveloppe qui protégeait le courrier.
Était-ce un piège ?
Avait-il eu raison de fermer la porte une première fois sur les doigts de cet employé de la P.O.S.T.E. ?
Pourquoi la queue du cochon est-elle en tire-bouchon ?
Il aurait sans doute toutes les réponses à ces questions en ouvrant la lettre.
Heihachi retourna donc dans son salon et, s'asseyant, s'empara de son coupe-papier et sortit le courrier :   

Salut Heihachi,

Ça fait une paye mon vieux !
Comment vas-tu ?
Je ne sais pas si tu te rappelles de moi, on était à l'école de police ensemble.
Je me souviens encore du jour où tu as eu cette conjonctivite, c'était vraiment flippant !
La doctoresse avait remarqué que tu n'avais plus de pouls, mais personne ne s'en était alors inquiété.
Enfin bref, je voulais te dire que j'allais venir en ville d'ici une ou deux semaines, on pourrait se revoir, qu'en penses-tu ?
J'ai lu quelques uns de tes rapports sur ton site en ligne, et ils sont mathématiquement biens !

En plus, j'aurais aimé étudier de près cette météorite qui est tombée l'autre jour dans le jardin des Ramon.
Je sais que tu as dû voir des photos, mais elles sont truquées : les extraterrestres ne jouent pas au tennis.
De toute façon je t'appelle quand je suis à l'aéroport, tu viendras me chercher, hein vieux frère ?

Allez je te laisse.
A+

Signé : Mi-Chan, un mec chaud.

PS : Tu as eu raison, ne t'inquiète pas.
PS2 : En fait, c'est le tire-bouchon qui est en forme de queue de cochon.
PS3 : Pas encore de bon jeu sur cette console...

Heihachi n'en crut pas ses oeils : il allait revoir Mitchi, ce bon vieux Mitchi, lui qu'il n'avait pas vu depuis des années ?
Le reconnaîtrait-il ?
Faisait-il toujours aussi bien les uppercuts à la sauce soja ?
Heihachi se souvenait du bon vieux temps, quand il s'amusait avec Mitchi à jeter des excréments, ou qu'il tentait d'accoupler un hamster avec un hippopotame.
Tant de souvenirs lui revenait en mémoire, tant de choses restées en cage qui semblaient se libérer au gré du vent...
Un rayon de soleil apparut dans le ciel d'Oulossis.
Ça y est : la journée pouvait enfin commencer.

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04 novembre 2007

Chapitre 3

Les véhicules passaient dans la ruelle dans un mouvement semblant aussi méthodique que répétitif, et la vieille dame tentait de traverser : en vain.
Sa vitesse lente et moche ne pouvait contenir la rapidité successive et monstrueuse des engins qui dévalaient cette voie à des vitesses folles, aussi dut-elle attendre, patiemment, que le temps s'écoule.
Elle crut un moment que celui-ci fut venu, mais non, ce n'était qu'une feinte : une file de dangereux cubes motorisés passèrent à nouveau, l'empêchant de faire un quelconque mouvement vers l'avant.
C'est à cet instant que Heihachi sortait de chez lui : il avait mis son plus beau slibard, des vêtements semblant propre et un costume trois pièces qui le rendait vraiment chic ; regardant d'un rapide coup d'oeil à droite, puis à gauche, il passa le trottoir d'un long pas et commença sa traversée de la route, sûr de lui.
Un crissement de pneu, un bruit de choc : Heihachi se retourna, mais il était déjà loin, et ne ralentit pas le pas.
Peut-être était-ce cette dame qu'il avait légèrement bousculée en passant.
Après tout, quelle importance ?
Son ami Mitchi lui avait écrit, et c'était là ce qui comptait pour le moment.
Aussi, et ce sans stratégie, il se dirigea vers son lieu de travail : la Mishima Corporation.
 
La standardiste qui faisait office de réceptionniste était toujours aussi charmante : mademoiselle Hwoarang, puisque c'était son nom, fit un beau sourire au nouvel entrant avant de prendre un appel qui arrivait.
Heihachi quant à lui savait où était son bureau, et c'est donc fier qu'il en prit la direction.
Mais il croisa Jin dans les couloirs, et une discussion s'engagea alors de manière tout à fait impulsif :
 
- Hey, Heihachi, comment vas-tu !
- Je...
- En effet, je vois ça ! Mais je croyais que tu étais mort depuis notre dernière affaire, que fais-tu donc ici ?
- Eh bien...
- Je comprends, mais depuis, nous t'avons remplacé ! Alala, tu me mets dans une position fâcheuse et délicate, mon ami !
- Que...
- Allons, vous allez bien pouvoir faire équipe, je te laisse faire sa connaissance ! A plus !
 
Sur ces dernières paroles, l'homme à la coiffure noire et patron des lieux à ses heures s'en alla, laissant Heihachi sans voix et sans moustique.
Remis de ses émotions après quarante neuf minutes et cinquante dix sept secondes de stabilité orthographique, il se dirigea vers ce qui était anciennement son bureau : et là, surprise.
Ce qu'il vit était horrible.
A la fois beau et mystique.
Oui.
C'était lui : le coiffeur suédois du nom de Ogueur.

09 novembre 2007

Chapitre 4

La papier peint du bureau était blanc, immaculé.
Le mobilier n'avait pas bougé, il était resté le même depuis toutes ces années.
Même cette bonne vieille bonbonne de gaz n'avait pas bougé !
Heihachi songeait à ces années passées où il glandait sur son superbe fauteuil, regardant par la vitre située au fond de la pièce.
Là où Ogueur se trouvait actuellement d'ailleurs.
Il avait changé de coupe, certes, mais était parfaitement reconnaissable par notre héros, à qui il avait jadis volé la petite amie !
En commençant à s'énerver à la vue de son rival et ennemi de toujours, Heihachi s'avança en proférant des menaces de mort à l'égard du nouvel inspecteur de la Mishima Corporation :
 
- Ogueur, connard ! Je vais te défoncer ta gueule de merde dans la seconde !
 
L'autre parut surpris.
Il fit sa tête de victime, puis la discussion s'enchaîna alors que la distance les séparant rétrécissait à mesure que Heihachi se dirigeait vers lui, l'air particulièrement remonté :
 
- Heihachi, vieille fripouille ridée ! Comment m'as-tu donc reconnu ?
 
Notre héros ne s'arrêta pas, et tel un diplodocus-rex, explosa le bureau d'un geste puissant du bras droit ; le meuble à terre scindé en deux, Heihachi fit encore deux pas et attrapa l'autre par le col ; Ogueur, commençant à être furieux à son tour, rétorqua :
 
- Tu me lâches, tu me lâches !
 
Heihachi ne le lâcha pas, et reprit :
 
- Tu rêves mon gros, je vais te faire passer le goût de t'immiscer dans ma vie définitivement ! Je vais tellement t'éclater qu'on pourra même plus ramasser ta tête de pygmée à la petite cuillère !!
 
C'est qu'il avait pris quelques cours de français, le bougre.
Mais l'ogre ne s'en laissa pas compter, et après avoir réfléchoix un instant sur la situation, il ajouta :
 
- Mais au fait, comment as-tu su pour mon changement d'identité ?
- Hein ?
- Bin ouais, je m'appelle Ogueur maintenant, et plus Ogre.
- Quoi ? Quelle est la différence ?
 
Alors que, semblant soudainement calmé, Heihachi déserra son emprise, Ogueur sortit son porte-feuille et sa fausse carte d'identité au nom de Ogueur de son blouson en cuir.
Il avait également un diplôme d'expert en trapèze volant, un as de pique Carta Mundi et une montre-gousset dont la pile était morte.
Ogueur profita alors de l'inattention de Heihachi pour s'enfuir en sautant par la fenêtre par laquelle il traversa : cela fit un boucan terrible, ce qui ameuta tous les autres employés qui travaillaient ici.
Et c'était sûr qu'avec le ketchup qui se trouvait dans la pièce, notre héros allait maintenant être le suspect numéro un !

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11 novembre 2007

Chapitre 5

La grille se referma violemment.
Heihachi s'assit sur ce qui allait lui servir de lit, la tête penchée vers l'avant, abattu.
Il se prit la tête des deux mains, et se mit à réfléchir.
Qu'est-ce qu'il s'était passé ?
Comment avait-il pu laisser Ogueur se jeter par la fenêtre alors qu'elle venait tout juste d'être refaite ?
Pourquoi Ogueur avait-il un diplôme d'expert en trapèze volant ?
Qui étaient ces autres employés de la Mishima Corporation qu'il n'avait jamais vu ?
Tant de questions, si peu de réponses.
Heihachi se dit qu'il était temps de dormir, et que la nuit lui porterait conseil, même s'il n'était que 10h30 du matin.
Il était au-delà de ça.
Il s'allongea donc, et s'endormit.
Après une très longue sieste qui dura 7 minutes et 18 secondes top chrono, Jin réapparut derrière la grille de sa cellule avec un gardien ; il dit :
 
- C'est bon, tu es libre. J'ai réussi à convaincre le juge que Ogueur était doué pour le trapèze volant grâce à son diplôme, et que sa mort n'était qu'une mise en scène. En plus, nous étions au rez-de-chaussée, et nous n'avons jamais retrouvé le corps. L'affaire a été classée sans suite, tu peux donc sortir.
 
Heihachi sourit de ses plus belles moustaches, et se leva.
Ses vertèbres craquèrent, et il poussa un petit cri, s'avançant ensuite misérablement vers la sortie de sa geôle.
Accompagné de Jin, il retourna à son bureau où les dégâts avaient déjà été effacés.
Il pouvait se remettre immédiatement au travail, et s'assit donc dans son superbe fauteuil avant de prendre le premier dossier qui se trouvait sur son bureau, en haut d'une pile mesurant à vue de nez 16,23 cm.
Il se mit à le lire, calmement.
Par un hasard hasardeux, il s'agissait de l'enquête concernant cette météorite tombée dans le jardin des Ramon.
Ni une ni deux, Heihachi bondit d'une vitesse voluptueuse, prit sa veste et s'en alla.
Direction : chez les Ramon.
Les Ramon habitaient un manoir qui se trouvait un peu éloigné de la ville, sur une petite colline.
Leur jardin faisait à peu près 154 000 m², ce qui était bien pour faire du golf mais nul pour retrouver une météorite.
Arrivé en patins à roulettes, Heihachi sonna à la porte des Ramon.
Il était bien sûr ici incognito.
Une servante vint ouvrir.
Heihachi nota sur son calepin très beau qu'elle s'appelait Julia Chang et qu'elle habitait avec son mari dans un petit appartement à côté de chez lui.
Elle le fit ensuite entrer, et il se retrouva dans le salon où il attendit les maîtres des lieux.
Cette pièce était d'une beauté subversive, avec des vases en faïence, des tableaux en toile, des murs en béton armé, une cheminée en parfaite harmonie avec le reste, ainsi que des tapis, des sièges de grandes valeur et quelques magazines sur la consommation des truites dans les plats à base de soupe de légumes.
On lui apporta un cocktail pour patienter, et il le but vitesse.
Quelqu'un arriva ensuite : il s'agissait d'un ours d'à peu près deux mètres cinquante, couvert de poils bruns, plutôt gros et lourd et semblant particulièrement joyeux.
Il s'affala dans son canapé favori qui faisait face à Heihachi, et prit la parole en ces mots :
 
- Bonjour Monsieur, que puis-je pour vous en cette belle matinée de novembre ?
 
Heihachi nota sur son calepin que l'ours parlait un français correct.
 
- Eh bien, cher ami, j'ai ouï dire qu'un caillou géant semblant être une météorite se serait écrasé par mégarde dans votre vert jardin.
- C'est exact.
- J'aurai voulu analyser cette pierre, si cela ne vous offusqua point bien entendu.
- Mais je vous en prie voyons, je vais même vous accompagner jusqu'à elle.
 
Ils se levèrent dans une concordance médusée, et se dirigèrent ensuite vers l'arrière de la bâtisse d'un pas lent et lourd.
L'ours ouvrit la porte, et, chemin faisant, ils se dirigèrent tous deux vers la forêt.
Après plusieurs minutes de marche, il s'arrêta.
Heihachi lui demanda :
 
- Est-ce encore loin ?
- Non, c'est là, tout près... Hin-hin-hin...
 
Ce rire était étrange.
Sur ses gardes, Heihachi sortit son arme de service, un colt single action army .45, et s'apprêta à en faire usage.
De son côté, l'ours se retourna dans un geste rapide, et sortit de son sac à dos une sulfateuse à double injection rétro-tactile.
Le conflit est inévitable, et les balles commencèrent à fuser dans la prairie verdoyante.
Alors que Heihachi parvint à se protéger derrière un rocher pour recharger son arme, le plantigrade reprit la parole :
 
- Alors, tu veux toujours voir cette météorite, vieux croulant ? Tu sais, j'ai tous les ingrédients qu'il faut pour empêcher quiconque de s'en approcher ! Tu vas aller rejoindre les autres que j'ai enterré dans les environs !
 
C'était vraiment la merde.
Son arme rechargée, Heihachi ne savait pas vraiment quoi faire, il s'était mis dans un beau bordel.
Il réfléchit alors à la meilleure tactique à employer, et se souvint d'une attaque en roulade extérieure que lui avait enseigné son ami Mitchi, ce bon vieux Mitchi.
Il attendit un instant afin d'être prêt ; il sentait que l'ours se rapprochait, ce salopard.
Quand le moment lui parut opportun, il plongea sur la droite et, d'une roulade aussi magnifique que précise, tira 19 balles de calibre 11,43 mm spécial long rifle dans le bide de son adversaire.
Heihachi rata malgré tout son atterrissage et se retrouva assommé contre un arbre, alors que l'ours s'écroula dans un bruit sourd.
Le calme revint dans le jardin des Ramon, et les oiseaux se remirent à chanter alors que les deux ennemis ne se relevaient plus...

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